Homo religiosus – Pourquoi ce site ?

La Grèce dispose de trois mots pour parler de l’homme… Brotos signifie l’homme en tant que mortel (on dit aussi thnetos, à partir d’une autre racine qui signifie mourir) ; aner signifie l’homme viril.

Nous n’avons retenu que le troisième, à juste titre : Anthropos signifie l’homme dans son humanité d’être social, et donc dans ses rapports avec les autres hommes. Ces rapports ont été pensés et décrits par ceux qu’on appelle les grands tragiques dans une sorte de tension entre l’humain et le surhumain. Cela appartient au monde grec.

La vie humaine se déploie entre deux bornes anthropologiques : la conception et la naissance, l’extrême vieillesse et la mort. Pour que cette vie humaine se distingue avec précision et netteté de la vie animale, l’homme a des rites. Il est un être rituel, parce qu’il est un être religieux. Il est un être religieux, donc il est rituel. Ces deux catégories sont « convertuntur », comme disaient les Scolastiques : elles sont convertibles.

L’anthropologie religieuse c’est de l’anthropologie qui n’a pas occulté ce qui est essentiel à l’homme : sa relation à un au-delà qu’il conçoit de manière différente selon les époques, les civilisations et les lieux géographiques. Un univers sur lequel l’athéisme contemporain a coulé une dalle de ciment et auquel il faut redonner accès.

Tout petit d’homme nait avec le sens du sacré et toute grande civilisation s’appuie sur une certaine « idée de l’homme », une certaine conception de l’humanité, et donc de ce qu’on appelle « la nature humaine ». C’est pourquoi la nature humaine est l’une des douze clés d’entrée que ce site Anthre’HR propose. Parce que l’intelligence qui a conçu ce site est chrétienne, il y a une entrée spécifiquement chrétienne, celle de l’Ancien Testament lieu d’une anthropologie radicalement nouvelle, ce que quelques-uns ont vu et ce que beaucoup trop d’autres ont ignoré et ignorent encore. Le catholicisme d’aujourd’hui se distribue trop souvent entre une tradition théologique qui n’intéresse que les membres qui se reconnaissent dans cette obédience et un modernisme qui enferme la pensée dans l’Esprit du temps. Ces choses là passeront…

La plupart de ces entrées ne sont pas strictement chrétiennes ou catholiques. L’histoire des religions ne se confond pas avec l’histoire religieuse de l’humanité, mais elles ont un versant commun : des invariants de l’expérience religieuse, des catégories du sacré, l’idée d’une communication possible avec l’au-delà, un monde surnaturel où voisinent les anges et les démons, les esprits et les âmes des défunts. On ne peut comprendre ni le fait religieux, ni notre histoire, ni même l’homme, si l’on ne dispose pas d’un peu d’outillage et de culture. Ce site propose et l’un et l’autre, sous la forme d’une épistémè à douze entrées.

L’homme n’a pas les grandes conduites instinctives qui gouvernent le monde animal ; Il est homme précisément parce qu’il ne se laisse pas guider par la pure animalité. S’il était gouverné par le seul instinct il ne serait pas libre, donc il ne serait pas « homme ». L’homme est homme parce qu’il parle, raisonne, pense, réfléchit, se détermine, appartient à une lignée qu’il honore raisonnablement, à une tradition religieuse qu’il se doit d’examiner, à une culture dans laquelle il lui faut trouver sa route et tenir ses promesses d’humanité et de justice.

Et il est homme aussi parce qu’il prie.